Le moine
mercredi 27 novembre 2024 , par
Le moine n’est pas du tout celui auquel tu penses, ami lecteur. C’était autrefois un ustensile bien utile dans nos maisons mal chauffées. Cette cage de bois dans laquelle on suspendait un récipient rempli de braises servait à réchauffer le lit glacé dans lequel nous allions nous coucher.
J’aimais beaucoup le contraste de l’air froid de la chambre jamais chauffée dans laquelle je couchais et les rudes draps à la douce chaleur. Morphée me prenait rapidement et je ne saurais dire si c’était la fatigue de la journée ou ce confort tout relatif qui m’envoyait au pays des songes.
Le moine était donc comme une chaufferette spécialisée, une bouillote à braises et sans eau... Quelquefois, nous la remplacions par une brique sur laquelle nous appuyions nos pieds : elle avait été préalablement chauffée dans la cheminée et emmaillotée d’un vieux chiffon. On l’appelait (en occitan) lou mountsé ou lu muntge.
J’ai donc beaucoup utilisé le moine lorsque j’étais enfant (années 50). Qu’il faisait alors bon entrer dans le lit ! Il n’y avait pas de chauffage dans ma chambre (ni dans la maison d’ailleurs, seulement la grande cheminée ouverte dans la cuisine/salle à manger). Le matin, le givre dessinait ses arabesques compliquées sur les vitres. Bien plus tard, je découvrirais qu’il s’agissait de fractales ! On ne perdait alors pas de temps à se déshabiller et à se mettre au lit.
Il était strictement interdit de se coucher en conservant le moine parce qu’elle était bien trop dangereuse, cette casserole de braises sans couvercle ! Le lit avait beau avoir une épaisse couverture de laine (et même plusieurs quelquefois), il était vraiment très froid sans le moine.
Le moine était disposé dans le lit et une espèce de casserole à anse était suspendu en son centre. Elle contenait que des braises bien rouges, sans cendre et surtout sans fumée. Le lit était soigneusement refermé. On se couchait un quart d’heure plus tard presque avec plaisir, après avoir retiré le moine, bien sûr.
Lorsque j’étais chez mes grand-parents, mon grand-père faisait souvent la même blague au moment d’utiliser le moine. Alain Lloria la publie dans une image.
Traduction du texte occitan : "la grand-mère disait "je vais mettre le moine dans le lit." Et son homme répondait "mets-y plutôt une sœur." Il faisait bien-sûr allusion aux religieuses.
Ma grand-mère se contentait de hausser les épaules. Mais souvent, elle faisait allusion à une espèce de très grande casserole en cuivre qui ornait l’un de ses murs. Mon souvenir est très vague à ce sujet mais, maintenant, je sais qu’il s’agit d’une chaufferette à braises ou à cendres chaudes pour réchauffer le lit dans les minutes qui précédaient le couchage. Je n’ai jamais vu d’utilisation de cet engin qu’on appelait en français la bassinoire (je ne connais pas la dénomination occitane).
Je n’ai jamais connu d’incident grave (incendie par exemple) mais, il arrivait quelquefois qu’une braise brûle quelque peu le drap et y laisse une trace définitive.
Lorsque, de nos jours, je montre l’engin que j’ai conservé dans le Lot, mes interlocuteurs sont perplexes et me disent souvent : "c’est plutôt léger pour une luge, non ? Et à quoi sert la casserole ?"
Dans certaines familles, on utilisait déjà la bouillotte au début en terre cuite mais aussi en caoutchouc. On pouvait la garder toute la nuit dans le lit, généralement aux pieds.

