Généalogie des MaLiBeLe
Lire c'est partir un peu et aider les rêves beaucoup. Ecrire c'est dire et raconter pour mieux comprendre.
La citation du jour
Ne sachant ce que nous croyons, pourquoi croyons nous que croire est essentiel, nous qui sommes dans l'impossibilité de croire ?  (Rachel Bespaloff )
La réflexion du jour
Nul n’est censé ignorer la loi mais elle est devenue si complexe que chacun sait qu’à chaque instant, il est peut-être en train d’enfreindre une loi.
Activités
geek - cycliste - généalogiste - Savoir - lecteur - collectionneur - Philosophe - citoyen - marcheur - scripteur - Photographe - instituteur - enseignant en sciences - enseignant formateur - journaliste local - bénévole
Lorand

Site personnel de Roland Bouat. Pour les curieux : Lorand est un anagramme de Roland.

Quelques croyances et idées reçues.

"Présentiel" contre "à distance" ?

Pas si simple.

Mots clés : apprendre , enseignant formateur , FOAD

mercredi 27 mai 2020 , par Roland


Sans vraiment aborder la notion fondamentale de tous les apprentissages, cette dernière est toujours là quand on s’interroge sur les apprentissages sur les manières d’apprendre, sur la meilleure façon d’acquérir compétences, connaissances, savoirs, gestes... Cette notion essentielle en pédagogie comme en enseignement, c’est la motivation.

  • "L’enseignement à distance se résume à proposer des cours sur un site Internet."
    • C’est une croyance, seulement une croyance. L’enseignement à distance existe depuis longtemps et s’est d’abord fait sur papier, à travers des envois de dossier et d’exercices via des échanges postaux.
    • Le "Departement of Education" aux États-Unis estiment qu’un élève sur six suit des cours uniquement à distance et qu’un autre sur six toujours suit des cours où l’enseignement à distance et l’enseignement en présentiel cohabitent.
  • "Il est facile de passer d’un enseignement en présentiel à un enseignement à distance."
    • L’enseignement à distance hors de la présence des élèves fait appel à des pratiques pédagogiques très différentes de celles de l’enseignement en présentiel. Les compétences ne sont pas les mêmes. De plus, utiliser une plateforme numérique d’enseignement à distance ne s’improvise pas.
    • Du côté des élèves, suivre un cours à distance exige une certaine discipline personnelle que seule une bonne habitude d’autonomie peut procurer. Or, les élèves ne sont guère autonomes dans l’enseignement en présentiel. Passer de la contrainte imposée par la présence en classe à l’apparente liberté de l’enseignement à distance entraîne fréquemment un découragement certain quand ce n’est pas tout simplement l’abandon des apprentissages.
  • "Le lien enseignant/élève est facile à reconstituer dans l’enseignement à distance."
    • Oui et non. Réponse de polichinelle peut-être mais qui reflète une vérité certaine. Ce lien est très différent entre les deux mondes et peut être plus ou moins enrichissant ou plus ou moins stressant dans les deux cas.
    • L’enseignant a des relations forcément plus personnalisées avec chacun de ses élèves dans l’enseignement à distance mais le risque est alors de passer à des relations personnelles trop affectives beaucoup trop facilement.
    • En enseignement à distance, l’élève ne perçoit plus l’enseignant comme un "maître" qui décide du chemin à prendre dans l’acquisition mais comme un "guide" qui conseille mais laisse libre de l’itinéraire à emprunter.
  • "Vu leur maîtrise des nouvelles technologie, les élèves n’ont aucune difficulté avec l’enseignement à distance via Internet."
    • La récente pandémie de la covid19 a montré un visage tout autre : les élèves, s’ils sont presque des experts dans l’art de la communication à l’intérieur d’un groupe social ne maîtrisent pas les outils informatiques. Quant aux enseignants, ce sont plutôt les us et coutumes des échanges en ligne qui les heurtent souvent parce qu’ils ne suivent pas les codes des échanges que la société s’est forgée au fil du temps.
  • "L’enseignement à distance ne permet pas la transmission du savoir."
    • Probablement ni plus ni moins dans un cas que dans l’autre. La transmission est différente et c’est oublier quelques connaissances pédagogiques comme la durée de l’attention (elle est d’environ 20 minutes -seulement- pour un adulte).
    • Le savoir peut s’acquérir en présentiel comme à distance. Autre connaissance pédagogique à ne jamais oublier : le savoir s’acquiert beaucoup par l’imitation et les essais ou tentatives qu’elles amènent des erreurs ou des réussites.
  • "L’enseignement à distance est une mode très récente avec laquelle il va falloir s’habituer."
    • C’est un peu l’impression que donne le confinement imposé par la pandémie du covid19. Mais c’est un leurre grossier (voir ci-dessus). Il s’est imposé brutalement avec la suppression de tous les cours afin de maintenir un minimum de continuité pédagogique. L’enseignement à distance ne remplacera jamais l’enseignement en présentiel mais la réciproque est aussi vraie. C’est plutôt une combinaison de ces deux formes d’enseignement qui vont entremêler probablement en y ajoutant d’autres pratiques pédagogiques comme le tutorat et l’apprentissage (au sens premier de l’apprenti).
  • "L’enseignement à distance, c’est beaucoup plus facile dans l’enseignement supérieur."
    • La "réponse de normand" s’impose : "peut-être bien que oui mais peut-être bien que non". Si les étudiants sont davantage autonomes et s’ils mesurent mieux l’impact que peuvent avoir leurs apprentissages sur leur devenir, ils sont aussi beaucoup plus facilement détournés de tâches qui doivent être quotidiennes et surtout auto-imposées. Il est plus facile d’aller voir les copains ou copines que de se caler devant un écran ou quelques feuilles de papier quand on est un adolescent que lorsqu’on est encore sous la discipline parentale. Dans certains cas, il est incontournable (maladie, éloignement...).
    • Lorsque l’enseignement à distance est librement choisi il est toujours plus efficaces (voir la formation des adultes).
  • "Les relations enseignants/élèves sont beaucoup plus riches avec l’enseignement en présentiel qu’avec l’enseignement à distance."
    • Elles sont surtout très différentes. Elles le sont déjà dans l’enseignement en présentiel quand on compare les méthodes magistrales et les méthodes dynamiques. En présentiel, l’enseignant est perçu comme celui qui sait. Dans l’enseignement à distance, l’enseignant est davantage considéré comme un expert qui a réponse à (presque) tout. Le fait aussi que, du côté de l’élève, les échanges via Internet (réseaux sociaux, forums ou messagerie) sont davantage ressentis comme des relations personnelles même si l’enseignant tente de rappeler à chaque élève qu’il fait partie d’un groupe. Les enseignants qui pratiquent l’enseignement à distance connaissent l’importance des échanges de pairs à pairs, très formatrices. Ces échanges sont presque toujours écartés (interdits souvent) dans l’enseignement en présentiel.
  • "Il n’y a aucune interaction possible entre un enseignant et ses élèves dans l’enseignement à distance."
    • Avec l’image que la société s’est forgée de l’enseignement à distance à travers les didacticiels et les tutoriels (les fameux "tutos" qui fleurissent partout), c’est une perception fausse qui s’est construite. Le quasi échec des formations à distances qui négligent de mettre en place les outils nécessaires aux interactions illustre aussi cela. Ce sont les interactions qu’il est indispensable de mettre en place dans la formation à distance qui vont probablement, par incidence, influer sur les pratiques pédagogiques en présentiel beaucoup trop directives en les infléchissant vers une pédagogie plus "active" (voir les méthodes de "pédagogie active").
  • "L’attention des élèves est beaucoup plus facile à soutenir en enseignement en présentiel."
    • Encore une fois, là aussi, la remarque doit être très nuancée. Si on prend en compte la durée d’attention optimale, on va très vite s’interroger sur les capacités des élèves à apprendre durant cinq ou six heures par jour. En présentiel, par résilience, les élèves deviennent passifs. S’ils peuvent maîtriser à la fois leur moment d’apprentissage et le rythme de leurs acquisitions, il est déjà connu que les acquisitions se font plus vite et plus solidement. Mais il faut accepter aussi que les acquisitions ne se font pas en suivant une ligne droite mais plutôt une ligne à la fois courbe et brisée (voire hachée).
  • "On retient beaucoup mieux ce qu’on apprend dans une classe que ce qu’on apprend devant un écran."
    • Là aussi, tout est à nuancer. On apprend mieux ce qu’on a besoin d’apprendre, ce dont on a besoin, ce qui devient une nécessité. Que ce soit devant un écran ou dans une classe importe alors beaucoup moins.
  • "En présentiel, l’enseignant peut adapter le rythme en tenant compte de la réaction des élèves."
    • Il peut surtout imposer le rythme qui lui paraît le plus efficace (le plus rentable pourrait-on écrire). Dans une classe, il y a toujours ces élèves pour qui l’enseignant n’est qu’un placebo ou un catalyseur leur permettant d’avancer rapidement ; il a toujours ces élèves pour qui l’enseignant est un tortionnaire qui les oblige à tenter d’acquérir des "trucs" inutiles et qui ne servent à rien. Il y a surtout tous ces élèves qui tentent plus ou moins facilement de suivre le rythme et qui cahotent alors sur le chemin des savoirs mais qui finiront par disposer d’un diplôme prouvant qu’ils ont tenu la distance.
  • "Tous les apprentissages théoriques peuvent se faire en enseignement à distance."
    • "En théorie, oui mais nous ne sommes pas en théorie". Apprendre est un acte pratique plus ou moins imposé par la société. Beaucoup d’apprentissages théoriques peuvent se faire à distance mais peut aussi se faire en présentiel. Même les apprentissages pratiques peuvent se faire à distance. Mais c’est probablement un savant dosage entre présentiel et à distance qui sera le plus efficace.
  • "L’enseignement à distance est le meilleur moyen de respecter l’autonomie d’apprentissage des élèves."
    • C’est vrai quand on pense à la liberté qu’à l’élève pour choisir son temps d’apprentissage. Mais il restera toujours des temps imposés comme celui de la visio-conférence avec interaction entre le conférencier et les auditeurs. Il faut aussi penser à l’enseignant qui, s’il a mis en place les outils interactifs nécessaires, est contraint d’avance malgré tout, tout comme en présentiel.
    • Il ne faut non plus pas négliger le fait que tous les élèves ne sont pas égaux devant l’autonomie. Tous ont besoin de guides mais ces guides doivent être tenues d’une main plus ou moins ferme selon les situation et selon les élèves.
  • "Un élève, en devenant acteur de son apprentissage en enseignement à distance, va apprendre beaucoup mieux qu’en présentiel."
    • "Utopie" crie aussitôt certain. Ils ont peut-être raison mais ils ont sans doute tout autant tort. Cette expression met un peu la charrue avant les bœufs : apprendre à distance rend-il nécessairement acteur de ses apprentissages ? En corollaire, on peut aussi s’interroger : peut-on être acteur de ses apprentissages s’ils sont tous en présentiels ? Les deux questions sont le pendant l’une de l’autre. L’élève acteur de ses apprentissages apprendra aussi bien en présentiel qu’à distance. L’élève qui subit ses apprentissages manque évidemment du moteur nécessaire (voir l’introduction).
  • "Il y a davantage d’élèves décrocheurs en enseignement à distance qu’en enseignement en présentiel."
    • S’il est beaucoup plus facile de décrocher à distance qu’en présentiel, l’actualité prouve que les élèves décrocheurs sont l’une des plaies toujours béantes de l’enseignement en présentiel. Les parcours imposés des apprentissages y sont pour beaucoup parce qu’on néglige probablement beaucoup trop le moteur des apprentissages (voir l’introduction).
  • "La présence physique de l’enseignant en enseignement en présentiel est irremplaçable en qualité et efficacité pédagogique."
    • Cette affirmation est basée sur une perception fausse de l’enseignement à distance : l’enseignant est interchangeable et n’est même pas indispensable. Toutes les tentatives pour se passer complètement de l’enseignant ont été un échec. Seules les méthodes pédagogiques qui concevaient les relations enseignant/élèves de manière différente parviennent à une efficacité mais elles nécessitent bien trop souvent de se mettre en marge des lois et règlements institutionnels.
  • "Il est beaucoup plus facile de tricher en enseignement à distance."
    • Il est une notion qui va surgir très fort en enseignement à distance et qui va jouer un grand rôle : la conscience : la conscience d’être un élève, la conscience de l’importance de l’apprentissage. La tricherie n’existe que parce qu’elle permet d’attribuer un ersatz de reconnaissance de compétences basé sur une évaluation codifiée. Pour qu’une formation à distance fonctionne efficacement, elle fera toujours appel aux inter-relations (aux relations entre les élèves), ces inter-relations de pairs à pairs bien souvent sont une évaluation quasi permanente bien plus redoutable que tout examen, concours, contrôles continus...
  • "Pour l’enseignant, la plus grosse difficulté de l’enseignement à distance est la prise en compte de toutes les productions des élèves parce qu’elles sont beaucoup plus importante en quantité qu’en enseignement en présentiel."
    • Jusqu’ici, c’était une perception inverse qui était fréquemment émise : "le temps de correction des productions des élèves est une charge très lourde pour les enseignants". Avec la pandémie de la covid19, beaucoup d’enseignants se sont trouvés face à une situation d’apprentissage qu’ils ne maîtrisaient pas avec des conditions matérielles bien souvent déplorables ou, à tout le moins, presque totalement inconnues. La première difficulté à gérer a souvent été celle du retour des travaux des élèves, quel que soit le niveau des élèves. S’y est ajouté la préparation des exercices suivants (il y a eu peu de vrais cours et d’eseignements de nouvelles notions pendant ces mois de mars et avril) qui tentaient consciensieusement de prendre en compte des résultats qui arrivaient de manière un peu chaotique.
  • "Les élèves sont beaucoup plus attentifs pendant une visio-conférence que dans une salle de cours."
    • Comment le savoir ? En participant à de nombreuses vidéo-conférences, on se rend vite compte qu’on décroche fréquemment mais que cela peut ne pas être perceptible par qui que ce soit d’autre que l’enseignant. Un écran serait-il à ce point hypnotique ?
  • "On ne peut pas faire en même temps de l’enseignement à distance et de l’enseignement en présentiel."
    • Bien sûr que si. Et c’est même cette simultanéité qui va faire avancer l’enseignement et probablement la pédagogie. Les tableaux blancs interactifs existent maintenant dans de nombreuses classes et sont très souvent sous-exploités. Peut-être que cette période d’enseignement à distance forcé amènera des avancées utiles vers un enseignement réellement plus modernes.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?

Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.