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Oubliez-moi


Mots clés : écrivain , bookperso

vendredi 12 mai 2023 , par Roland


Je suis mort. Ne dites pas que je suis parti et ne dites surtout pas que je suis parti pour mon dernier voyage. Pour partir, il faut être vivant et mon cœur battrait toujours. Il est plutôt fort probable que mon dernier voyage m’ait amené tout simplement dans un hôpital. Je ne suis pas parti. Je suis mort. Ne confondez-pas.

Je ne suis pas dans les étoiles même si j’étais souvent dans la lune quand j’étais encore vivant. Non, je ne suis pas non plus au paradis puisqu’il n’existe pas. Et je ne suis pas, non plus, en enfer même si mes propos en ont quelquefois amené certains à le souhaiter. Pas plus que le paradis, l’enfer n’existe pas. Ce ne sont que des concepts pour rêver, pour faire peur, pour croire encore en l’existence tant que nous sommes vivants bien sûr. Je ne suis pas, non plus, au paradis du vélo puisque je ne peux plus en enfourcher un. Je suis mort.

Ne dites pas que vous ne m’oublierez pas. Si : vous m’oublierez et c’est tant mieux puisque je n’existe plus. Et c’est heureux pour vous. Peut-être que quelques-uns, sans doute peu nombreux, auront des souvenirs que nous aurions pu partager quand j’étais encore vivant. Je ne peux plus participer au partage puisque je suis mort. Laissez au temps le temps d’effacer mes traces. Aidez plutôt le temps en continuant votre vie non pas comme si je n’étais plus là mais en acceptant cette simple idée : je suis mort.

Oubliez-moi puisque je n’existe plus. J’ai vécu le temps d’une vie, le temps de ma vie. J’ai essayé de la remplir. J’ai essayé d’être moi-même avec mes qualités mais surtout malgré mes défauts. Je n’ai jamais voulu être quelqu’un d’autre même si j’aurais probablement souhaité vivre autrement. Je ne suis plus là. Je ne serai plus là. N’encombrez pas vos pensées de nos souvenirs qui ont peut-être été communs. Je n’ai plus de souvenir. Je ne serai plus jamais ni là ni ailleurs. Je suis mort.

Ne priez pas pour moi, je n’en ai plus besoin puisque je suis mort. Oubliez-moi mais n’oubliez pas que Dieu n’existe pas même si Dieu est quand même bien pratique pour expliquer ce qu’on ne comprend pas. Continuez de croire mais gardez-en la conscience. Prier c’est un peu tenter de ranger dans un coffre-fort nos incompréhensions et nos ignorances sans faire l’effort d’apprendre pour comprendre, de comprendre pour avancer. Ne me dites donc pas adieu non plus. Je suis mort.

A travers ce texte je peux continuer à vous faire la morale et, comme je suis mort, nous ne pouvons plus débattre. Vous ne pouvez même pas me contredire. Je ne peux plus entendre les arguments que vous m’auriez fourni. Je n’ai plus à chercher à les contrecarrer lorsque mon désaccord est flagrant. Je n’ai plus rien à prouver. Je n’ai plus rien à chercher. Je n’ai plus rien à comprendre. Je ne peux plus être en désaccord puisque je suis mort. Je n’ai plus rien à trouver alors que maintenant, je pourrai tout accepter, tout ignorer ou tout comprendre. Malheureusement, je n’existe plus. Je suis mort.

Si vous me lisez (ou si quelqu’un vous lit ces quelques mots), n’oubliez-pas que, déjà, je n’existe plus. Quand j’ai écrit ces lignes, j’étais bien vivant. C’était un soir du mois de mai après mes septante ans révolus. La télévision parlait dans la pièce d’à côté, elle tapait sur les touches de son clavier et je n’étais même pas triste de savoir qu’un jour quelqu’un lirait peut-être ce que j’ai écrit quand j’étais encore vivant. Je n’existe plus. Merci de me rendre un dernier service : oubliez-moi. Je suis mort.


Rédigé à Nouan-le-Fuzelier, le 12 mai 2023 sans motif valable.


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